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Intervention de Didier Bariani
Vice-président de l'UDF
Conseil national de l'UDF - Paris
10 mai 2007
J'ai demandé à François [Bayrou] deux minutes naturellement pour en faire quatre, mais pas plus, dans un registre dans lequel Marielle de Sarnez dira que, parfois, je me noie, qui est
celui de l'affectif.
Dans cette maison, je fais partie des dix personnes qui ont signé en bas de l'acte constitutif de la naissance de l'UDF, le 1er février 1978. Disons les choses comme
elles sont : ce que continue, amplifie, développe François Bayrou, c'est l'histoire de cette maison. L'UDF est née d'une rébellion contre le RPR qui avait été fondé en 1976 et
qui prétendait occuper l'ensemble de l'espace politique.
Alors, Jean Lecanuet, Jean-Jacques Servan-Schreiber, etc. tous ces gens ont décidé de se mettre ensemble pour qu'il n'y ait pas de colonisation RPR de l'État.
Si, parfois, nous avons des moments de faiblesse. Pardon, mon dieu, j'ai des tentations. Pardon, mon Dieu, j'ai des moments où je me dis, mais oui, j'ai des moments où je me dis : mais
est-ce que cela vaut vraiment le coup de continuer ? Est-ce que on ne se bat pas contre des moulins à vent ? Est-ce que la terre qui tournait comme cela n'a pas toujours tourné de la
même manière et est-ce que l'on arrivera vraiment à créer un grand mouvement central dans la vie politique française ?
Mais, entre parenthèse, moi, je ne reproche pas à ceux qui cèdent. Je ne sais pas ce que j'aurais fait. Il faut être sincère, gentil et simple. Je ne sais pas ce que j'aurais fait, si j'avais été
député sortant et menacé.
Je sais ce que ce que je n'aurais pas fait. Je n'aurais pas joué les pitres fous dans les dernières réunions de campagne, je n'aurais pas épluché les programmes des autres pour en être les
promoteurs… Allez, j'aurais gardé un peu plus de réserve, car cela m'aurait permis d'en avoir un peu plus dans ma condamnation quand je serais passé de l'autre côté.
Ce que je condamne, moi, c'est en trois semaines, l'outrance de ceux qui ont changé de position. On peut changer de position, mais, alors, il faut avoir la dignité, la simplicité de
l'expliquer en fonction de quoi et pas en condamnant ceux que l'on a adoré pendant des mois.
Mais, l'histoire de François Bayrou, c'est une longue rébellion et, d'ailleurs, je préfère ce mot, François, au mot résistance que je garde avec pudeur pour d'autres moments de l'Histoire. Mais
la rébellion, c'est ce qu'il incarne et, la vérité, c'est que s'il n'avait pas toujours relancé cette volonté de rébellion… Souvent, alors, nous céderions à d'autres choses.
Quand l'UDF a renoncé à être dans l'esprit de rébellion, j'y ai parfois, moi aussi, cédé, alors nous sommes arrivés à des moments fous, des moments d'aberration, par exemple. J'en cite un, en
1995 : nous nous sommes séparés entre Édouard Balladur et Jacques Chirac. C'était naturellement la négation de ce pourquoi on avait été créé, de ce pourquoi on votait.
Quand en 1999 et en 2004, François a décidé d'avoir des listes européennes à nous et pas acquises aux autres, c'était une rébellion. Quand, en 2004, il y a eu 22 listes aux élections
régionales de l'UDF face à celles du RPR et face à celles du Parti socialiste, c'était une rébellion.
Et, à la vérité, chaque fois que nous faisons des rébellions, nous en sortons plus forts. Chaque fois que nous faisons le contraire, nous en sortons plus faibles.
En dehors des sept millions de voix, parce que Michel Mercier l'a très bien dit, je me demande ce que vous auriez dit, chacun dans vos communes et dans vos départements, aux gens dont vous
savez qu’ils avaient voté pour vous, si vous leur aviez dit que l'on renonce et que l'on rejoint l'un des deux camps. On aurait dit, on a été trompés, humiliés… Sept millions de
personnes… Cela aurait été une honte.
François Bayrou, s'il avait un seul mérite, se serait d'incarner cette rébellion. En dehors de son talent, qui est grand, cette rébellion contre les choses qui ne bougent jamais, parce que personne n'a le courage de les faire bouger et ce qui se passe aujourd'hui est une grande étape de cette rébellion permanente.
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