Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers Municipaux, j’interviens ce soir dans le cadre du Débat d’Orientations Budgétaires pour l’année 2008. Ce débat
annuel est l’occasion de faire un bilan de l’année écoulée et bien entendu de préciser les perspectives possibles de l’année suivante. Aujourd’hui, à moins de cinq mois des prochaines élections
municipales et comme vous l’avez très bien signalé, Monsieur Nicolas, dans le document que nous avons reçu, il s’agit bien plus de dégager le bilan de votre mandature et de s’exprimer sur les
perspectives de la prochaine qui, je le souhaite, verra une équipe nouvelle, imaginative, dynamique et regardant vers l’avenir.
Lors des précédentes élections municipales vous avez été élus sur un programme dont les principales promesses étaient la réduction des impôts et la sécurité. Je pense
qu’il faut commencer par dresser un bilan de vos actions dans ces deux domaines. Ensuite je vous proposerai de nouveaux axes d’actions pour le prochain mandat.
Commençons donc par votre promesse de réduire les impôts. En fait dans ce document vous jouez vraiment au prestidigitateur. Vous être capable de démontrer que vous
avez rendu de l’argent aux ébroïciens, c’est quand même une ficelle un peu grosse. Vous avez effectivement baissé les taux en début de mandat, beaucoup moins que ce que vous aviez promis, mais
c’est un fait. De là à en conclure que vous avez donné de l’argent aux ébroïciens, vous dépassez les bornes.
Toujours dans ce document vous faites référence à l’agglomération, vous écrivez même « à périmètre constant » pour faire des comparaisons cohérentes. Nous
pouvons donc maintenant parler de l’évolution réelle de l’endettement des ébroïciens « à périmètre constant » c'est-à-dire en tenant compte de la dette de chaque ébroïcien au titre de
la ville et au titre de l’agglomération. Dans ce cas, contrairement à la baisse que vous affirmez, nous avons probablement une hausse de la dette, au mieux une stagnation si l’on s’en réfère aux
derniers chiffres disponibles.
Après avoir, de manière assez irresponsable, baissé les taux en début de mandat, vous êtes revenu à une politique plus raisonnable. Je suis convaincu qu’une
bonne politique dans le domaine financier consiste à s’en tenir au principe du « ni ni » : ni augmenter, ni baisser les taux d’imposition. Quand à l’endettement, il est normal
qu’il bascule progressivement sur l’agglomération dont les compétences sont de plus en plus étendues, mais pourquoi le cacher ?
Dans le domaine de la sécurité vous avez également, au cours de ce mandat, subit un sérieux revers. Comment se fait-il que la ville d’Evreux, pourtant dirigée à
l’époque par un ancien ministre de l’Intérieur, ait subi des émeutes si violentes que le quartier de la madeleine a été le seul quartier de France où le couvre-feu s’est appliqué aux
adultes ? Vous avez pourtant augmenté de manière importante les budgets dans ce domaine, que ce soit avec la mise en place de la vidéosurveillance ou le recrutement de nouveaux policiers
municipaux. J’explique cette situation paradoxale par une moindre action dans le domaine de la prévention qu’il faudra au contraire développer dans le prochain mandat. Si je suis d’accord avec
votre refus d’équiper les policiers municipaux en Taser, je ne crois toujours pas à l’efficacité des caméras dans les rues de la ville. Depuis plus de deux ans une demi-brigade de CRS stationne
en permanence à Evreux, je pense qu’il faudra réapprendre à s’en passer et accessoirement cela permettra certainement quelques économies.
Venons en maintenant au cadre général que je vous propose d’adopter pour le prochain mandat. Vous l’avez peut-être deviné il s’agit bien sûr d’engager énergiquement
Evreux et l’Agglomération dans une politique de développement durable. Je suis convaincu qu’une politique municipale dynamique ne pourra, dans l’avenir, que s’inscrire dans le cadre du
développement durable. A l’heure du Grenelle de l’Environnement, je suis abasourdi de ne pas voir une seule fois dans votre document une référence au développement durable. Pourtant l’ensemble de
nos concitoyens ont maintenant conscience de la nécessité de mettre en œuvre dès maintenant des politiques écologiques efficaces à tous les niveaux. Ecologiste militant depuis plus de quinze ans,
je souhaite vous donner dès maintenant quelques pistes, quelques idées pour faire d’Evreux un modèle et une référence en France.
Il me semble que la mise en œuvre dans un maximum de domaine de cette nouvelle approche des politiques municipales aura des conséquences positives pour l’image
d’Evreux, pour la vie quotidienne des familles ébroïciennes, pour l’activité économique de toute l’agglomération, pour l’emploi, pour les finances, pour la sécurité, pour la qualité de vie et, en
même temps, nous ferons œuvre utile pour la planète et pour les générations futures.
Si j’étais en charge en mars 2008, les premières décisions que je prendrais concerneraient la gestion de l’énergie. Avec un prix du pétrole à 100 dollars le baril,
avec le réchauffement climatique, avec la fonte des icebergs, avec la montée du niveau de la mer, avec l’augmentation du prix des matières premières, avec les hausses dramatiques du prix des
produits alimentaires de base ( le prix du blé a triplé en quatre mois), avec une population qui vieillît, avec bientôt neuf milliards d’habitant sur la planète, avec le développement de la
Chine, de l’Inde et demain de l’Afrique, enfin je l’espère, Il nous faut changer nos méthodes, nos perspectives. Avec cette conjonction de phénomènes, il faut agir vite. Et il faudra décliner au
niveau local des politiques tendant à l’autonomie dans les domaines de l’énergie et de l’alimentation.
Je vous propose de créer des synergies entre développement durable, développement économique, emploi et image d’Evreux.
La zone industrielle du Long Buisson est je pense votre plus gros échec, pas d’entreprises nouvelles, et même une baisse de l’emploi à Evreux. La zone franche, elle, a
eu des effets pervers prévisibles, surtout la délocalisation vers le Long Buisson de nombreuses entreprises de l’agglomération et même des cabinets de professions libérales. Debré avait promis
d’utiliser son carnet d’adresses, il était bien vide, et je conseillerais à tous ceux qui pensent créer de l’emploi avec un carnet d’adresses de méditer cet exemple. Mais la prochaine équipe
municipale devra utiliser ce qui existe et transformer cet échec en réussite, évidemment sur un projet différent. Je propose que la ville d’Evreux utilisant ses projets innovants dans le domaine
du développement durable, améliorant ainsi progressivement son image, mette en place une structure de soutien très actif à la création et au développement des entreprises dans le secteur du
développement durable. Il faudra même aller jusqu’à les « coucounner ». L’objectif étant alors de favoriser l’installation sur la zone du Long Buisson de quelques dizaines de petites
entreprises dans l’espoir que deux ou trois grandissent vite et ainsi créent des emplois réellement nouveaux et pérennes à Evreux.
L’image d’Evreux s’est particulièrement dégradée sous cette mandature, en particulier avec les émeutes de 2005 à la Madeleine, en termes d’image il est impératif de
trouver des solutions. Je vous propose donc de faire d’Evreux une ville innovante dans le domaine du développement durable, d’utiliser médiatiquement nos innovations et ainsi d’en obtenir
plusieurs conséquences positives : permettre aux ébroïciens d’être fiers de leur ville, faciliter l’installation des familles de cadres mutés à Evreux, contribuer et inciter à la création et
au développement à Evreux de nouvelles entreprises. Je pense que la promotion de la ville et de l’agglomération doit d’abord se faire pour augmenter l’attractivité de notre ville plutôt que de
faire l’auto promotion de l‘équipe municipale en place.
Gérer c’est prévoir, aujourd’hui après le Grenelle de l’Environnement il n’est pas très difficile de prévoir, et cela sans prendre de risque, que l’état va mettre en
place une politique d’incitation à l’efficacité énergétique pour les collectivités locales, essentiellement par l’intermédiaires de subventions, il faut donc s’y préparer.
Comme bien sûr nous ne pourrons pas tout faire immédiatement, il va donc falloir définir des priorités. Je pense qu’il faudra chercher à dégager des marges de manœuvre
financières car contrairement à ce que vous affirmez, vous ne laissez pas les finances de la ville dans un si bon état. En priorité nous devrons rechercher les investissements qui permettent
d’économiser l’énergie, donc de réduire cette ligne budgétaire et ainsi dégager à terme des marges de manœuvres supplémentaires.
Ensuite il faudra pérenniser cette démarche avec la mise en place d’une nouvelle structure dans l’administration municipale chargée de faire des audits
« énergie » dans tous les bâtiments municipaux et lancer un plan global avec la mise en place de ratios. Il faudra dans ce contexte rechercher l’efficacité énergique aussi dans la
flotte de véhicules de la ville et évidemment raccorder l’usine d’incinération au chauffage urbain ou encore imposer les normes HQE pour toutes les nouvelles constructions.
Nous sommes dans une région agricole et il y a très peu d’agriculture biologique. Ce n’est pas normal, et pour remédier à cette situation je vous propose de favoriser
le développement d’une filière bio dans l’agglomération. Il suffit à la prochaine municipalité de reprendre à son compte, en l’améliorant évidemment, le projet d’Evreux Nature Environnement
concernant le développement d’une zone étendue d’agriculture biologique au-dessus des captages de la ville d’Evreux et de créer si nécessaire, en liaison avec la Chambre d’Agriculture, une
structure ad hoc pour aider les candidats à l’installation ou à la conversion vers le bio. Mais surtout il s’agit de leur garantir des débouchés locaux par la négociation, puis la mise en place,
de cahiers des charges intégrant une part progressivement de plus en plus importante de produits biologiques pour les cantines scolaires et la restauration dans les différents foyers de la
ville.
Traditionnellement, à Evreux, les associations étaient nombreuses et dynamiques. Lorsque vous avez décidé de baisser les taux d’imposition, vous avez décidé de faire
porter l’essentiel de cette diminution des recettes sur les subventions attribuées aux associations. La conséquence de cette gestion pour le moins maladroite a entrainé une fragilisation du tissu
associatif ébroïcien, la disparition d’associations et le tarissement de la création de nouvelles associations. On pourrait considérer que cela n’est pas très important, mais il se trouve que
nombre d’associations créent du lien social et surtout assument bénévolement des missions qui sont sinon à la charge de la collectivité. C’est donc bien un mauvais calcul, en tout cas une vision
étriquée de la politique, que de limiter le dynamisme du tissu associatif. Il me semble au contraire qu’il faudra l’encourager par la mise en place de la maison des associations, cent fois
promise mais toujours reportée. Il faudra également soutenir les initiatives de nos grandes associations de quartier dans l’accompagnement au plus près du terrain de nombreuses initiatives.
J’ajouterai que c’est sans doute dans ce domaine que pourra éclore et se développer, ce qu’il faudra encourager, des associations pour accélérer et amplifier nos actions en faveur du
développement durable.
Pour terminer aujourd’hui je veux livrer à votre réflexion quelques pistes supplémentaires que je développerai dans un autre contexte : améliorer l’efficacité
énergétique dans tous les bâtiments municipaux et les écoles en utilisant et en explorant des techniques diverses, tout d’abord les économies d’énergie, mais aussi l’utilisation de panneaux
solaires, éoliennes, biomasse, le bois, généraliser l’emploi des ampoules basse consommation, etc.
La recherche de solutions aux problèmes de déplacements que connaissent les ébroïciens permettra aussi de découvrir des opportunités de création d’activités avec le
développement de transports alternatifs et combinés.
Si la gare de ferroutage, maintes fois évoquée, voit enfin le jour, l’agglomération d’Evreux sera à la pointe aussi dans ce domaine.
Bien entendu je n’ai pas dressé ici une liste exhaustive des mesures à prendre pour mettre le développement durable au cœur d’une politique municipale, il s’agissait
seulement de proposer à l’ensemble du Conseil Municipal et à travers lui aux ébroïciens une approche différente mais très actuelle et susceptible d’être consensuelle à l’heure du Grenelle de
l’Environnement.
J’espère que ces pistes seront prises en compte dans tous les programmes que nous proposerons aux ébroïciens en mars 2008 et surtout qu’elles seront ensuite
effectivement mises en œuvre. Attention aux effets de mode et aux coups médiatiques, le réchauffement climatique de la planète n’attendra pas.
Conseil Municipal du 5 novembre 2007
Débat d’orientations budgétaires
Intervention de Sylvain Bigaud
membre du Mouvement Démocrate